NUR — NEW URBAN RHYTHM
DE KRT À NUR
La musique évolue. Les influences changent. Les machines prennent de plus en plus de place et l’identité musicale qui se construit ne correspond bientôt plus vraiment à The Knights of the Round Table.
Le groupe change donc de nom.
Il devient NUR — New Urban Rhythm.
Là encore, le choix n’est pas innocent. Il y a les initiales de New Urban Rhythm, mais également le plaisir de jouer avec les langues, les sons et les significations : nur, « maintenant » en allemand ; et, par sa sonorité, nūr — que l’on retrouve aussi écrit Noor —, « lumière » en arabe et également un prénom.
Un nom court, moderne, ouvert à plusieurs lectures.
Mais entre KRT et NUR, il n’y a pas eu un simple changement de nom du jour au lendemain.
UNE PAUSE, PAS UNE RUPTURE
Pendant un temps, Alain et Michel restent amis mais leur activité musicale commune se met en sommeil.
Alain quitte Bruxelles pour s’installer dans une autre ville. La distance rend naturellement les séances de travail beaucoup plus difficiles. Les deux amis restent en contact, mais se retrouvent moins facilement autour des machines et des instruments.
Michel, lui, ne cesse pas de faire de la musique.
Durant cette période, il participe notamment à un autre projet avec une bande d’amis. L’ambition est volontairement simple : jouer ensemble pour le plaisir. Un concert est organisé pour leurs amis et un album est même réalisé essentiellement pour eux-mêmes.
Puis Alain revient vivre à Bruxelles.
Et les deux amis recommencent à travailler ensemble.
Cette fois, quelque chose a changé.
UN NOUVEAU SON, DE NOUVELLES MACHINES
Le début des années 1990 correspond à une nouvelle étape.
NUR s’inscrit dans l’évolution d’une musique passée par la new wave et la cold wave et qui se tourne désormais davantage vers l’électronique et l’Electronic Body Music.
Des groupes et artistes tels que Front 242, Depeche Mode, Kraftwerk, Liaisons Dangereuses, Fad Gadget ou Blancmange font partie du paysage musical et des influences qui entourent le projet.
Il ne s’agit pas de les reproduire.
NUR cherche son propre langage.
Et les machines prennent une place de plus en plus importante.
APPRENDRE À TOUT FAIRE SOI-MÊME
L’expérience acquise auparavant en studio a laissé des traces.
À la fin de la période précédente, trois titres avaient notamment été enregistrés dans un studio de l’avenue Molière. La collaboration avec ce studio s’était ensuite terminée d’un commun accord.
Les bandes avaient été récupérées, ainsi qu’une cassette DAT contenant trois morceaux : Fast Beat, The Ballad of the Mouse and the Bird et The Ballad of the Mouse and the Bird — Extended Mix.
Avec NUR, une autre idée commence à prendre forme :
faire davantage par soi-même.
Le matériel disponible s’étoffe. Une console 24-4-4, un enregistreur huit pistes sur cassette, un sampler, l’Atari puis l’ordinateur et différents systèmes de synchronisation viennent progressivement rejoindre les instruments et machines déjà utilisés.
Le studio devient plus important.
Mais posséder les outils ne suffit pas.
Sans ingénieur du son ni producteur artistique à leurs côtés, Michel et Alain doivent apprendre à utiliser, combiner et synchroniser ce matériel. L’ancien doit fonctionner avec le nouveau. L’informatique et le numérique ouvrent de nouvelles possibilités, mais imposent également un nouvel apprentissage.
Peu à peu, ils ne se contentent plus de composer.
Ils apprennent à construire eux-mêmes leur environnement de production.
COMPOSER, ENCORE ET ENCORE
La motivation est forte.
Michel et Alain se retrouvent parfois deux ou trois fois par semaine. Les séances durent trois ou quatre heures et sont essentiellement consacrées à la composition.
Les morceaux s’accumulent.
Environ une trentaine de compositions voient le jour au cours de cette période.
Toutes ne survivront pas.
Avec le temps et le recul, une dizaine seulement restera véritablement au cœur du répertoire de NUR.
Mais l’objectif est désormais clair : construire un album et parvenir à s’autoproduire.
DEUX FAÇONS DE CONTINUER
Le projet n’aboutit pourtant pas à l’époque de la manière espérée.
Michel et Alain ont chacun leur travail et leur vie. Progressivement, leur rapport à la musique n’évolue plus tout à fait de la même manière.
Pour Alain, elle devient davantage un plaisir.
Pour Michel, l’envie d’aller plus loin reste présente.
Pas nécessairement pour en faire un métier ou en vivre, mais avec une volonté qui ne disparaît pas : terminer cette musique et la publier.
Il n’y a derrière cette évolution ni conflit à raconter ni reproche à formuler.
Simplement deux trajectoires qui finissent par ne plus avancer au même rythme.
Michel continue alors à créer.
Bien plus tard, cette continuité contribuera notamment à faire naître Funkle Ace.
LES MORCEAUX ONT FINI PAR ARRIVER
L’histoire de NUR aurait pu s’arrêter là.
Elle ne s’est pourtant jamais complètement terminée.
Alain n’aura pas connu cette nouvelle vie du projet. Mais une partie de la musique créée ensemble a traversé les années.
Des morceaux comme Fast Beat et The Ballad of the Mouse and the Bird ont finalement rejoint Spotify et d’autres plateformes de streaming. D’autres titres du catalogue ont également retrouvé une place, parfois après un travail de restauration ou de mastering réalisé bien plus tard.
De nouvelles créations sont venues, elles aussi, rejoindre l’univers de NUR.
Pour Michel, voir aujourd’hui ces morceaux publiés est également une manière de faire vivre le travail accompli ensemble.
L’album que NUR voulait autoproduire n’est jamais réellement sorti à l’époque où il avait été imaginé.
Il lui aura simplement fallu beaucoup plus de temps que prévu pour trouver son chemin jusqu’au public.
