Le casque est pratique.

Il permet de travailler sans déranger les voisins, de continuer tard le soir, de repérer des détails très fins et de produire de la musique dans une pièce qui n’a pas été spécialement traitée.

Et oui : on peut mixer au casque.

Certains ingénieurs du son le font très bien.

Mais cela ne signifie pas que tous les casques conviennent au mixage, ni qu’il suffit d’en mettre un sur les oreilles pour obtenir automatiquement une écoute fiable.

C’est là que les ennuis commencent.

TOUS LES CASQUES NE DISENT PAS LA VÉRITÉ DE LA MÊME MANIÈRE

Un casque destiné à écouter de la musique pour le plaisir n’est pas forcément conçu pour prendre des décisions de mixage.

Certains accentuent les basses.

D’autres mettent les aigus en avant.

D’autres encore donnent une sensation de largeur très flatteuse.

C’est agréable pour écouter un morceau.

Mais lorsqu’on mixe, cette coloration peut pousser à corriger quelque chose qui n’avait pas besoin de l’être.

Si ton casque produit énormément de basses, tu risques d’en retirer dans ton mix.

Puis tu écoutes le morceau ailleurs et tu te demandes où est passée la basse.

Le problème n’est pas que le casque « ment » volontairement.

Le problème est qu’il possède sa propre réponse sonore.

UN BON CASQUE DE MIXAGE PEUT DEVENIR UN VÉRITABLE OUTIL DE TRAVAIL

Il existe aujourd’hui des casques conçus précisément pour le travail de studio.

Certains modèles offrent une réponse très équilibrée et suffisamment détaillée pour permettre de véritables décisions de mixage.

Les casques ouverts sont régulièrement appréciés pour ce type de travail, notamment parce qu’ils donnent une sensation moins enfermée que certains modèles fermés.

Mais le modèle du casque n’est qu’une partie de l’équation.

Il faut également apprendre à le connaître.

Écouter dessus des morceaux que l’on connaît extrêmement bien.

Comparer.

Comprendre comment il restitue les graves, les voix, les cymbales, la stéréo.

Un casque moyen que l’on connaît parfaitement peut parfois être plus utile qu’un casque très coûteux découvert la veille.

POURQUOI LA STÉRÉO EST-ELLE DIFFÉRENTE AU CASQUE ?

Avec des enceintes, l’oreille gauche entend principalement l’enceinte gauche, mais elle entend également une partie de l’enceinte droite.

Et inversement.

Le son circule dans la pièce.

Au casque, chaque oreille reçoit beaucoup plus directement son propre canal.

Le canal gauche arrive presque exclusivement à l’oreille gauche.

Le canal droit à l’oreille droite.

La sensation de largeur peut donc être très différente.

Un panoramique qui paraît spectaculaire au casque peut sembler beaucoup moins naturel sur des enceintes.

C’est une des raisons pour lesquelles il faut rester prudent lorsque l’on règle toute la scène stéréo uniquement au casque.

ET LA PROFONDEUR ?

La perception de la distance entre les éléments peut également changer.

Réverbération, délai, position des voix, sensation de proximité : tout cela peut être perçu différemment lorsque le son arrive directement aux oreilles.

Ce qui semble parfaitement spacieux au casque peut paraître plus sec sur des enceintes.

Ou l’inverse.

Encore une fois, cela ne rend pas le casque inutilisable.

Cela signifie simplement qu’il faut savoir ce que l’on est en train d’écouter.

ALORS, LES ENCEINTES SONT-ELLES TOUJOURS MEILLEURES ?

Pas nécessairement.

Des enceintes de monitoring placées dans une mauvaise pièce peuvent donner une image très trompeuse.

Une pièce qui résonne, un bureau collé contre un mur, des coins qui renforcent certaines fréquences ou une mauvaise position d’écoute peuvent créer davantage de problèmes qu’un bon casque.

C’est là que la fameuse phrase :

« Il faut toujours mixer sur enceintes »

devient elle aussi trop simple.

Une bonne paire d’enceintes dans une pièce correcte peut être excellente.

Une mauvaise pièce peut ruiner leur intérêt.

Un bon casque peut alors devenir une solution très sérieuse.

L’ACOUSTIQUE DE LA PIÈCE CHANGE TOUT

Avec des enceintes, on n’écoute jamais uniquement les enceintes.

On écoute aussi la pièce.

Le son frappe les murs, le plafond, le sol, le bureau et les meubles avant de revenir vers les oreilles.

Certaines fréquences sont renforcées.

D’autres disparaissent partiellement.

Le grave est particulièrement sensible à ce phénomène.

C’est pourquoi l’emplacement des enceintes et la position d’écoute sont essentiels.

Le traitement acoustique peut améliorer considérablement la situation.

Des systèmes de mesure et de correction existent également pour aider à compenser certaines irrégularités.

Mais aucune correction électronique ne transforme complètement une mauvaise pièce en cabine de mastering parfaite.

DEUX VOIES OU TROIS VOIES ?

On entend régulièrement que trois voies seraient automatiquement supérieures à deux voies.

Ce n’est pas aussi simple.

Une enceinte deux voies peut être excellente.

Une trois voies peut offrir une meilleure répartition du spectre et davantage de précision dans certaines conditions.

Mais la qualité de conception, la taille de la pièce, la distance d’écoute et le placement comptent davantage que le simple nombre de haut-parleurs.

Il vaut mieux de bonnes deux voies bien installées que de magnifiques trois voies dans une pièce qui ne leur convient pas.

LE CASQUE EST AUSSI REDOUTABLE POUR LES DÉTAILS

Il possède même un avantage évident : il permet d’entendre certaines petites choses extrêmement facilement.

Un clic.

Un souffle.

Un montage légèrement raté.

Une respiration gênante.

Une réverbération trop longue.

Un bruit de bouche.

Un léger déséquilibre.

Pour le nettoyage et le contrôle, le casque est formidable.

Il peut également révéler des détails que l’on avait laissés passer sur les enceintes.

LA BONNE MÉTHODE : COMPARER

Un mix ne doit pas seulement fonctionner sur le système utilisé pour le créer.

Il devra être écouté sur des téléphones, des écouteurs, des enceintes Bluetooth, des autoradios, des systèmes hi-fi, des casques et probablement quelques appareils que l’on préférerait ne jamais voir dans un studio. 😄

Le meilleur réflexe consiste donc à changer de point de vue.

Écouter au casque.

Écouter sur les enceintes lorsqu’on en dispose.

Comparer avec des morceaux de référence bien produits.

Vérifier sur un autre système.

Puis revenir au mix.

Si une décision fonctionne partout, elle a davantage de chances d’être solide.

ET SI JE N’AI QUE MON CASQUE ?

Alors travaille avec ton casque.

Il vaut mieux faire de la musique avec ce que l’on possède que ne rien faire parce qu’on n’a pas le matériel idéal.

Choisis si possible un casque adapté au travail audio.

Apprends sa signature sonore.

Utilise des morceaux de référence.

Évite de travailler trop fort pendant des heures.

Fais des pauses.

Et surtout, lorsque le mix commence à être sérieux, écoute-le ailleurs avant de considérer le travail comme terminé.

Chez un ami.

Sur des enceintes.

Dans une voiture.

Sur un système complètement différent.

Ce test de réalité est précieux.

ET LE MASTERING ?

Le mastering demande encore davantage de précision.

On travaille sur des équilibres parfois très fins : tonalité générale, dynamique, niveau, grave, aigus, cohérence entre plusieurs morceaux.

Un excellent casque peut parfaitement entrer dans une chaîne de mastering.

Mais là encore, l’expérience de la personne qui écoute et la connaissance de son système sont essentielles.

Le matériel n’est jamais séparé de l’oreille qui l’utilise.

EN RÉSUMÉ

Mixer au casque n’est pas une erreur.

Mixer sans connaître son casque peut en être une.

Mixer uniquement sur de mauvaises enceintes dans une pièce incontrôlée peut l’être tout autant.

Le casque et les enceintes ne sont pas nécessairement adversaires.

Ce sont deux façons différentes d’écouter.

Et lorsqu’on peut utiliser les deux, ils deviennent complémentaires.

La vraie règle d’or n’est donc pas :

« Ne mixe jamais au casque. »

Elle serait plutôt :

« Ne fais jamais confiance à un seul système d’écoute sans vérifier ailleurs. »
KRT ProductionComprendre la musique pour mieux la faire.