Eh bien… pas forcément.
Les deux termes sont régulièrement employés comme s’ils désignaient exactement la même chose. Et pour compliquer encore un peu les choses, ils peuvent effectivement désigner des structures très proches.
Un label peut être une petite structure indépendante créée autour de quelques artistes. Il peut appartenir à une entreprise plus importante. Il peut aussi être l’une des nombreuses entités d’un grand groupe international.
Autrement dit, le mot label ne permet pas, à lui seul, de savoir à qui l’on a affaire.
Pour un musicien ou un jeune groupe, la véritable question n’est donc pas seulement :
« Est-ce un label ou une maison de disques ? »
Elle est plutôt :
« Qu’est-ce que cette structure va réellement faire pour ma musique, et quels droits vais-je lui confier ? »
À L’ORIGINE, QU’EST-CE QU’UN LABEL ?
Le mot label désignait littéralement l’étiquette apposée sur le disque.
Avec le développement de l’industrie musicale, le terme a fini par désigner l’identité sous laquelle des enregistrements sont produits et commercialisés.
Certains labels ont construit une identité artistique tellement forte que leur nom est devenu presque aussi important que celui des artistes qu’ils produisaient.
Un label peut ainsi défendre un genre, une esthétique, une scène ou simplement une certaine manière de choisir et d’accompagner ses artistes.
Mais ce n’est pas une obligation.
Un label n’est pas juridiquement défini par le fait qu’il aurait nécessairement une “vision artistique” tandis qu’une maison de disques s’occuperait uniquement de l’argent.
Dans la réalité, les fonctions peuvent se mélanger.
ET UNE MAISON DE DISQUES ?
On utilise généralement cette expression pour désigner une entreprise dont l’activité consiste à produire, financer, exploiter, promouvoir ou commercialiser des enregistrements musicaux.
Une grande maison de disques peut réunir plusieurs labels, chacun possédant son propre catalogue, ses équipes et parfois sa propre orientation artistique.
À l’autre bout de l'échelle, un label indépendant peut être lui-même la structure qui signe les artistes, finance ou organise les enregistrements, assure la promotion et fait distribuer les morceaux.
Il n’existe donc pas une frontière parfaitement nette avec, d’un côté, « le label artistique » et, de l’autre, « la maison de disques financière ».
Ce qui compte, ce sont les fonctions exercées et le contrat qui les définit.
ET LES MAJORS DANS TOUT ÇA ?
Le mot major désigne les grands groupes internationaux de l’industrie du disque.
Ils disposent de moyens financiers, de catalogues, d’équipes spécialisées et de réseaux de distribution et de promotion qu’un petit label indépendant ne possède généralement pas.
Mais un artiste signé sur un label appartenant à une major peut très bien voir principalement le nom de ce label sur ses disques et ses communications.
C’est une des raisons pour lesquelles les termes se mélangent facilement.
Derrière un nom visible par le public peuvent se trouver plusieurs sociétés différentes chargées de fonctions différentes.
QUI DÉCIDE DE SIGNER UN ARTISTE ?
Dans une structure organisée, on rencontre régulièrement la fonction A&R, pour Artists and Repertoire.
Son rôle consiste notamment à découvrir des artistes, suivre leur évolution et évaluer leur potentiel pour la structure.
L’A&R peut également participer au développement artistique : choix des morceaux, producteurs, collaborateurs ou orientation générale d’un projet.
Dans un petit label indépendant, cette fonction n’est pas nécessairement occupée par une personne portant le titre « A&R ».
Le fondateur du label peut très bien écouter les démos, rencontrer les groupes, choisir les artistes et suivre lui-même les projets.
Les métiers existent donc même lorsque les intitulés de fonction n’apparaissent pas sur les portes des bureaux.
QUI PAIE L’ENREGISTREMENT ?
Voilà une question beaucoup plus intéressante que le nom inscrit sur le contrat.
Selon l’accord conclu, l’enregistrement peut être financé par le label, par une maison de disques, par un producteur ou directement par l’artiste.
Et celui qui avance l’argent ne fait pas nécessairement un cadeau.
Certains frais peuvent être récupérables sur les revenus futurs de l’artiste. C’est ce qu’on appelle généralement la récupération ou recoupment.
Une avance peut donc être une somme versée à l’artiste avant que son disque ne génère suffisamment de revenus, puis récupérée selon les modalités prévues au contrat.
Il faut donc comprendre précisément ce qui est financé, ce qui est récupérable et sur quels revenus cette récupération sera effectuée.
À QUI APPARTIENT LE MORCEAU ?
Attention : cette question en cache en réalité au moins deux.
Il y a l’œuvre musicale : la composition, la mélodie, les paroles.
Et il y a l’enregistrement de cette œuvre, que l’on appelle couramment le master.
Ce ne sont pas les mêmes droits.
Tu peux avoir composé une chanson et conserver tes droits d’auteur sur celle-ci tout en ayant conclu un contrat donnant à une autre société certains droits sur l’enregistrement.
Inversement, si tu as financé et réalisé toi-même ton enregistrement, tu peux en être le titulaire et choisir ensuite d’accorder à un label une licence lui permettant de l’exploiter pendant une durée et sur un territoire déterminés.
C’est précisément pour cette raison qu’il faut éviter la phrase trop vague :
« Le label possède ma musique. »
La vraie question est :
« Quels droits possède-t-il ou lui ai-je accordés, sur quoi, pour combien de temps et sur quel territoire ? »
ET LA SABAM ?
Elle ne joue pas le même rôle.
Comme nous l’avons vu dans notre article consacré à la SABAM, les droits liés à la composition et aux paroles ne doivent pas être confondus avec les droits portant sur l’enregistrement.
Une maison de disques ou un label peut avoir besoin d’obtenir ou d’administrer certaines autorisations liées à l’exploitation d’une œuvre, mais cela ne signifie pas qu’il « possède automatiquement les droits d’auteur ».
Cette distinction entre l’œuvre et le master est fondamentale pour comprendre l’industrie musicale.
UN DISTRIBUTEUR, C’EST UN LABEL ?
Non.
Un distributeur a pour fonction de permettre la mise à disposition et la commercialisation des enregistrements.
Dans le monde physique, cela signifiait notamment acheminer les disques vers les points de vente.
Dans le monde numérique, la distribution permet notamment d’envoyer les morceaux et leurs informations vers les plateformes de streaming et de téléchargement.
Les services proposés varient considérablement : certains se concentrent sur la distribution, tandis que d’autres ajoutent des services de marketing, d’administration ou de promotion.
Mais utiliser un distributeur pour placer sa musique sur Spotify, Apple Music ou d’autres plateformes ne signifie pas automatiquement que l’on a signé avec un label.
Un artiste indépendant peut être son propre producteur phonographique, posséder ses masters et faire appel uniquement à un distributeur pour mettre ses enregistrements à disposition du public.
FAUT-IL ABSOLUMENT UN LABEL POUR SORTIR SA MUSIQUE ?
Non.
Un artiste peut aujourd’hui enregistrer sa musique, financer sa production, organiser sa distribution et publier ses morceaux sans être signé par un label.
Cela offre une grande indépendance.
Mais indépendance signifie également que les tâches qui auraient été assumées par différentes personnes ou entreprises retombent sur l’artiste : production, administration, visuels, communication, promotion, distribution, suivi des revenus…
La question n’est donc pas :
« Peut-on se passer d’un label ? »
Oui, c’est possible.
La vraie question est :
« Qu’est-ce qu’un bon label peut apporter que je ne peux pas, ou que je ne veux pas, faire seul ? »
Un réseau ? Du financement ? Une équipe ? Une direction artistique ? De la promotion ? Une crédibilité auprès de certains professionnels ? Du temps ?
C’est là que la proposition devient intéressante.
UN LABEL INDÉPENDANT PEUT-IL ÊTRE UTILE À UN ARTISTE ÉMERGENT ?
Évidemment.
La taille d’un label ne détermine pas automatiquement la qualité de son travail.
Une petite structure peut disposer de moins de moyens financiers mais connaître extrêmement bien sa scène, consacrer davantage de temps à quelques artistes et développer avec eux une véritable relation de travail.
À l’inverse, être associé à une structure importante ne garantit pas automatiquement qu’un projet recevra toute l’attention espérée.
Le nom inscrit au-dessus de la porte compte moins que ce que les personnes derrière cette porte sont réellement prêtes à faire pour le projet.
ON ME PROPOSE UN CONTRAT. JE REGARDE QUOI ?
D’abord, on ne signe pas parce que le mot LABEL figure en haut de la feuille.
Il faut comprendre ce que le contrat prévoit réellement.
Quels enregistrements sont concernés ? Qui possède les masters ? S’agit-il d’une cession ou d’une licence ? Pour combien de temps ? Sur quels territoires ? Y a-t-il une exclusivité ? Quel est le taux de rémunération ? Quels frais seront récupérés sur les revenus ? Le label a-t-il l’obligation de sortir réellement le disque ? Comment et quand rend-il ses comptes ? Que se passe-t-il si le groupe se sépare ? Que se passe-t-il à la fin du contrat ?
Ce ne sont pas de petits détails.
C’est le contrat.
Et lorsqu’un engagement devient important ou difficile à comprendre, faire examiner le document par une personne compétente avant de signer peut éviter quelques réveils douloureux plusieurs années plus tard. Les organisations professionnelles de musiciens recommandent elles aussi de prêter une attention particulière à la propriété des enregistrements, à l’exclusivité, aux royalties, aux frais récupérables, à la durée et aux engagements de sortie.
EN RÉSUMÉ
Un label et une maison de disques ne sont pas deux catégories parfaitement séparées.
Un label peut être indépendant ou appartenir à une grande structure. Une maison de disques peut exploiter plusieurs labels. Une petite structure peut cumuler production, direction artistique, promotion et gestion de catalogue.
Un distributeur, lui, n’est pas automatiquement un label.
Et surtout, les droits d’auteur sur une chanson et les droits portant sur son enregistrement ne sont pas la même chose.
Pour un artiste, le plus important n’est finalement pas de savoir quelle étiquette une entreprise colle sur sa porte.
C’est de savoir :
Qui fait quoi ? Qui paie quoi ? Qui possède quoi ? Qui gagne quoi ? Et pendant combien de temps ?
Là, on commence réellement à comprendre ce que signifie signer avec un label.
