Tu as peut-être seize ans.
Tu te balades en ville avec des copains et tu passes devant un magasin de musique. Derrière la vitrine, il y a des guitares, des basses, des claviers, des batteries, des amplis, des micros, des machines couvertes de boutons.
Tu regardes une guitare.
Trois secondes plus tard, dans ta tête, tu es déjà sur scène.
Devant toi, 20 000 personnes. Tu joues comme un dieu. Le public chante ton refrain, les bras sont en l’air et, évidemment, tu es en train de donner le concert du siècle.
Puis tu regardes l’étiquette accrochée à la guitare.
Retour sur Terre.
« J’aimerais tellement faire de la musique… Mais je n’ai pas les moyens de m’acheter tout ça. »
Alors commençons par une bonne nouvelle :
TU N’AS PAS BESOIN DE TOUT ÇA POUR COMMENCER
Avant de te demander ce que tu dois acheter, pose-toi une autre question :
Qu’est-ce que j’ai déjà ?
Tu as un smartphone ? Commence avec ton smartphone.
Tu as un vieil ordinateur portable qui fonctionne encore ? Commence avec lui.
Tu as une guitare ? Prends-la.
Un petit clavier ? Branche-le.
Des écouteurs ? Utilise-les.
Tu n’as aucun instrument ?
Tu peux quand même commencer à faire de la musique.
Et ça change beaucoup de choses.
Parce que ton premier investissement n’est peut-être pas une guitare, un synthétiseur ou une interface audio.
Il est peut-être déjà dans ta poche.
UN SMARTPHONE PEUT DÉJÀ ÊTRE UN PETIT STUDIO
Un téléphone ne sert pas uniquement à écouter de la musique. Il peut aussi servir à en fabriquer.
Des applications comme BandLab permettent aujourd’hui d’enregistrer, d’éditer et de mixer de la musique directement sur smartphone ou dans un navigateur. Sa version gratuite permet de travailler avec jusqu’à 16 pistes audio ou MIDI et des projets allant jusqu’à 15 minutes.
Tu ne sais jouer d’aucun instrument ?
Ce n’est pas une raison pour rester devant la porte.
Tu peux commencer par une batterie, construire un beat, ajouter une basse virtuelle, utiliser des sons ou des samples, essayer un synthétiseur, déplacer des éléments, couper, répéter, superposer.
Tu veux faire du beatmaking ? Fais du beatmaking.
Tu veux rapper ? Construis ton accompagnement puis enregistre ta voix sur une autre piste.
Tu as une guitare acoustique ? Enregistre-la, mets tes écouteurs et ajoute ensuite ton chant sur une nouvelle piste.
Petit à petit apparaissent une batterie, une basse, quelques sons, une guitare, une voix…
Tu viens de construire un morceau en multipiste.
Dans ta chambre.
Avec le téléphone que tu possédais déjà.
BandLab n’est évidemment qu’un exemple parmi d’autres. Le but n’est pas de te dire quelle application tu dois utiliser. Le but est de te montrer ce qu’il est déjà possible de faire.
TU AS UN IPHONE OU UN IPAD ? REGARDE AUSSI GARAGEBAND
Chez Apple, une autre porte d’entrée existe : GarageBand.
L’application est gratuite sur iPhone et iPad et permet d’utiliser des instruments tactiles, des boucles et une bibliothèque de sons, de créer des beats et d’enregistrer de l’audio. Elle peut gérer jusqu’à 32 pistes. Apple précise même que ses outils permettent de commencer à créer des rythmes sans avoir jamais joué une note.
Autrement dit, si tu as reçu l’ancien iPhone de papa ou maman, regarde ce qu’il peut déjà faire avant de conclure que tu n’as pas le matériel nécessaire.
Il pourrait bien devenir ton premier studio.
BandLab, GarageBand et les autres outils du même genre ne feront évidemment pas de toi un musicien ou un producteur en appuyant sur un bouton.
Mais ils peuvent faire quelque chose de beaucoup plus important :
te permettre de commencer.
ET POUR ENREGISTRER TA VOIX ?
Là encore : utilise d’abord ce que tu possèdes.
Le microphone intégré du smartphone peut parfaitement servir à enregistrer une idée, une mélodie, une guitare ou une première voix.
Et si tu possèdes des écouteurs filaires avec un microphone, essaie-les.
La qualité dépend énormément du modèle, mais certains petits microphones de casque peuvent produire un résultat étonnamment exploitable pour une maquette. Ils ont également un avantage tout bête : une fois correctement placés, ils restent à une distance assez constante de la bouche.
Évite simplement de placer le microphone directement dans le souffle.
Les p et les b, notamment, peuvent projeter de l’air sur sa capsule et provoquer ces gros « pop » désagréables que l’on appelle des plosives. Dans un studio, on utilise notamment un filtre anti-pop pour les atténuer.
Avec ton petit micro, décale-le légèrement sur le côté de la bouche.
Ce n’est pas encore Abbey Road.
Mais tu es en train d’apprendre à enregistrer.
Et c’est précisément le but.
TU AS DÉJÀ UN ORDINATEUR ? NE LE CONDAMNE PAS TROP VITE
Le marketing informatique peut facilement donner l’impression qu’il faut posséder une machine monstrueuse pour commencer la musique assistée par ordinateur.
Non.
Un ordinateur modeste peut déjà permettre d’apprendre énormément et de réaliser de vrais morceaux, à condition évidemment d’adapter le nombre d’instruments, d’effets et de pistes aux capacités de la machine.
Et il existe une quantité impressionnante d’outils gratuits.
Nous en connaissons particulièrement bien un chez KRT Production : VST4Free, devenu aujourd’hui Plugins4Free.
Nous l’avons utilisé.
Nous y avons téléchargé des instruments et des effets gratuits avec lesquels nous avons réellement fait de la musique.
Le site existe toujours et son catalogue comprend synthétiseurs, batteries, pianos, cordes, guitares, basses, samplers, réverbérations, delays, égaliseurs, effets de dynamique et quantité d’autres outils. Il référence aujourd’hui différents systèmes et formats, dont Windows 32/64 bits, macOS et Linux, avec notamment VST et AU suivant les plugins.
Découvrir Plugins4Free — anciennement VST4Free ↗
Une précaution cependant : vérifie la compatibilité avant de télécharger.
Certains plugins du catalogue sont anciens. Un instrument 32 bits conçu il y a quinze ou vingt ans ne fonctionnera pas nécessairement dans un logiciel moderne 64 bits. Le site permet justement de filtrer les résultats par système et par format.
Et surtout, ne tombe pas dans un nouveau piège :
gratuit ne signifie pas qu’il faut tout télécharger.
Vingt synthétiseurs ne te rendront pas vingt fois plus créatif.
Choisis quelques outils. Essaie-les. Comprends-les. Apprends à modifier un son plutôt qu’à passer deux heures à parcourir des centaines de presets.
C’est là que les choses deviennent intéressantes.
MOINS DE MATÉRIEL PEUT T’APPRENDRE DAVANTAGE
Cela paraît paradoxal.
Lorsque tu possèdes des milliers de sons, tu peux passer ton temps à chercher celui qui serait parfait.
Lorsque tu n’en possèdes que quelques-uns, tu apprends à les transformer.
Tu modifies une attaque.
Tu ouvres un filtre.
Tu changes le rythme.
Tu raccourcis une note.
Tu essaies une autre basse.
Tu ajoutes une réverbération.
Tu retires finalement la moitié de ce que tu avais ajouté.
Et un jour, sans vraiment savoir quand cela s’est produit, tu n’es plus simplement en train d’utiliser un logiciel.
Tu es en train de faire des choix musicaux.
Les limites ne sont donc pas toujours un handicap.
Elles peuvent t’obliger à chercher.
Et chercher oblige à apprendre.
ALORS, QUAND FAUT-IL ACHETER DU MATÉRIEL ?
Quand tu peux répondre à cette question :
« Qu’est-ce que cet achat va me permettre de faire que je ne peux pas faire correctement aujourd’hui ? »
Tu veux jouer plus naturellement les instruments virtuels ? Un petit clavier MIDI commence à avoir du sens.
Tu veux enregistrer directement une guitare électrique ou une basse ? Une interface audio devient utile.
Tu veux utiliser un véritable microphone XLR pour enregistrer ta voix ou un instrument acoustique ? Là encore, une interface adaptée devient pertinente.
Tes écouteurs commencent à limiter ton travail ? Tu peux envisager un meilleur casque.
Tu mixes régulièrement et tu veux apprendre à travailler sur enceintes ? Les moniteurs de studio pourront venir ensuite.
Le matériel arrive donc au fur et à mesure de tes besoins.
Et cette différence est fondamentale.
Tu n’achètes plus quelque chose parce que tu as lu qu’un « home studio sérieux » devait absolument le posséder.
Tu l’achètes parce que tu sais exactement à quoi il va te servir.
GRATUIT NE VEUT PAS DIRE SANS VALEUR
Il faut aussi se débarrasser d’une idée étrange :
« Si c’est gratuit, ça ne peut pas être sérieux. »
Un outil gratuit peut être excellent.
Un outil payant peut être excellent.
Et aucun des deux ne remplacera ce que tu mets dedans.
Un beat très simple mais construit avec du goût restera plus intéressant qu’un mauvais morceau produit avec une montagne de matériel.
Un bon riff enregistré avec des moyens modestes reste un bon riff.
Une mélodie qui touche quelqu’un n’a jamais demandé à voir la facture du synthétiseur qui l’a jouée.
La qualité du matériel devient importante à mesure que tes exigences progressent.
Mais au commencement, une autre qualité compte davantage :
celle de ton idée.
TERMINE UN MORCEAU
Voilà peut-être le premier véritable défi.
Pas acheter du matériel.
Terminer quelque chose.
Même imparfait.
Même court.
Même si, deux mois plus tard, tu te demandes comment tu as pu mettre cette caisse claire-là. 😄
Construis une introduction. Fais entrer ton rythme. Trouve une basse. Essaie une mélodie. Enregistre ta voix si tu en as envie. Fais un couplet. Un refrain. Ou invente complètement autre chose.
Écoute.
Corrige.
Recommence.
Et à un moment :
arrête de corriger.
Ton premier morceau est terminé.
Le suivant sera meilleur.
ET MAINTENANT, FAIS-LE ÉCOUTER
Tu peux même aller un peu plus loin sans transformer ton premier morceau en produit commercial.
Des plateformes musicales permettent de créer un profil et d’y faire écouter ses titres. ReverbNation, par exemple, peut servir à mettre une première création en ligne.
Pour son lecteur de profil, ReverbNation accepte actuellement les fichiers MP3 jusqu’à 8 Mo, échantillonnés à 44,1 kHz (44 100 Hz). Si le fichier produit par ton application est dans un autre format ou dépasse cette taille, tu peux le convertir avant de l’envoyer.
Et ne transforme pas immédiatement cette étape en obsession des chiffres.
Tu n’as pas besoin de 100 000 écoutes pour que cette expérience ait servi à quelque chose.
Une personne écoute.
Puis une deuxième.
Quelqu’un te dit : « J’aime bien ce passage. »
Un autre musicien vient voir ce que tu fais.
Tu écoutes son morceau.
Vous discutez.
Peut-être qu’un jour vous travaillerez ensemble.
Tu es entré dans le mouvement.
LE RÊVE N’EST PAS LE PROBLÈME
Revenons devant cette vitrine.
Tu as seize ans.
Tu regardes cette guitare et, dans ta tête, tu es toujours devant 20 000 personnes.
Continue à rêver.
Le rêve est précieux.
Il permet de sortir un instant du quotidien, d’imaginer autre chose et parfois de découvrir ce que l’on aimerait réellement faire de sa vie.
Le problème commencerait seulement si le rêve restait éternellement derrière la vitre.
Parce qu’entre toi et cette scène imaginaire, il y aura des heures beaucoup moins spectaculaires.
Tu vas chercher pourquoi aucun son ne sort.
Tu vas rater une prise.
Tu vas recommencer vingt fois un passage.
Tu vas construire un beat formidable à minuit et le trouver catastrophique le lendemain matin.
Tu vas apprendre trois accords.
Puis quatre.
Tu vas découvrir qu’un morceau peut devenir meilleur lorsqu’on retire quelque chose.
Tu vas parfois t’acharner.
Et surtout, espérons-le, tu vas t’amuser.
Peut-être qu’un jour tu achèteras cette guitare.
Puis un meilleur microphone.
Un ordinateur plus puissant.
Une interface.
Des enceintes.
Peut-être même qu’un jour tu te retrouveras réellement sur une scène.
Mais aucune de ces choses n’est nécessaire pour faire ce qui compte aujourd’hui :
COMMENCER.
Regarde ce que tu possèdes déjà.
Prends ton téléphone.
Rallume ce vieil ordinateur.
Branche cette guitare.
Pose un beat.
Enregistre trois accords.
Chante.
Rate.
Recommence.
Apprends.
Et termine ton premier morceau.
Parce que l’investissement principal, ce n’est pas le matériel.
