Ou vaut-il mieux commencer par regarder ce qu’il y a déjà dans la guitare ?

La question revient régulièrement chez les guitaristes :

« Mes micros ne me plaisent pas. Est-ce que je dois les changer ? »

Parfois, oui.

Mais avant de sortir le fer à souder et la carte bancaire, mieux vaut savoir ce que l’on cherche réellement à modifier.

Parce qu’un micro ne travaille jamais tout seul.

Il fait partie d’un ensemble : les cordes, leur distance par rapport au micro, l’électronique de la guitare, le réglage des potentiomètres, le câble, l’ampli, les pédales et, évidemment, la manière de jouer.

Changer les micros peut transformer une guitare.

Mais ce n’est pas automatiquement la première chose à faire.

COMMENÇONS PAR LE PLUS SIMPLE : LE RÉGLAGE

Avant de remplacer quoi que ce soit, il existe un réglage qui ne coûte rien :

la hauteur des micros.

Un micro placé très près des cordes ne donnera pas le même résultat qu’un micro placé quelques millimètres plus bas.

Le niveau de sortie change.

L’équilibre entre les cordes peut changer.

La réponse peut devenir plus agressive ou, au contraire, manquer de présence si le micro est placé trop loin.

Et deux micros d’une même guitare peuvent simplement être mal équilibrés entre eux.

Avant de conclure qu’un micro est mauvais, il vaut donc la peine de prendre quelques minutes pour régler sa hauteur et écouter ce qui se passe.

Parfois, le « nouveau son » recherché était déjà dans la guitare.

LES MICROS D’ORIGINE SONT-ILS FORCÉMENT MAUVAIS ?

Non.

Une guitare peu coûteuse ne possède pas nécessairement de mauvais micros, pas plus qu’une guitare chère ne garantit automatiquement les micros qui conviendront à tout le monde.

Les fabricants choisissent généralement une électronique correspondant au positionnement et au caractère qu’ils souhaitent donner à l’instrument.

Cela peut parfaitement convenir.

Ou pas.

Le vrai critère est beaucoup plus simple :

est-ce que le son obtenu correspond à ce que tu veux jouer ?

Si la guitare possède une bonne dynamique, que les positions de micros sont exploitables, que le niveau de bruit reste normal et que le son te plaît dans ton ampli, il n’existe aucune obligation de changer quoi que ce soit.

Un micro n’est pas meilleur parce que son nom est plus célèbre.

Il est meilleur pour ton usage s’il donne le résultat que tu recherches.

SIMPLE BOBINAGE, HUMBUCKER, P90… CE N’EST PAS QU’UNE QUESTION DE QUALITÉ

Changer de micro peut aussi vouloir dire changer de caractère.

Un simple bobinage de type Stratocaster n’a pas le même comportement qu’un humbucker.

Un P90 possède encore une autre personnalité.

Et même au sein d’une même famille, les différences peuvent être importantes : niveau de sortie, inductance, type d’aimant, nombre de tours de bobinage, construction et position sur la guitare.

Un micro plus puissant n’est donc pas nécessairement un meilleur micro.

Il peut pousser davantage l’entrée d’un ampli et convenir parfaitement à certains sons saturés.

Mais si l’on cherche beaucoup de nuance et de dynamique, un micro moins puissant peut être exactement ce qu’il faut.

C’est une question de choix sonore, pas de classement.

ET L’ÉLECTRONIQUE DE LA GUITARE ?

Voilà un point qui mérite d’être vérifié avant de remplacer les micros.

Les potentiomètres, le sélecteur, les soudures, les connexions de masse et le condensateur du circuit de tonalité font partie du système.

Un potentiomètre défectueux peut provoquer des crachotements.

Une mauvaise soudure peut créer une panne intermittente.

Une masse incorrecte peut augmenter les parasites.

Un sélecteur fatigué peut couper le signal.

Et la valeur des potentiomètres peut également modifier la manière dont le micro est chargé électriquement et donc influencer le résultat sonore.

C’est notamment pour cela qu’on rencontre fréquemment certaines valeurs avec les simples bobinages et d’autres avec les humbuckers.

Avant de condamner les micros, vérifier l’état du circuit n’a donc rien d’absurde.

FAUT-IL METTRE DES FILS PLUS GROS ?

Pas spécialement.

Dans les quelques centimètres de câblage présents à l’intérieur d’une guitare, le diamètre du conducteur n’est généralement pas le facteur décisif pour obtenir davantage d’aigus ou un meilleur son.

Ce qui compte surtout, c’est d’utiliser un fil adapté, suffisamment souple, correctement isolé et convenablement soudé.

Inutile de transformer la cavité électronique en tableau électrique industriel. 😄

Une soudure propre et fiable vaut nettement mieux qu’un énorme câble installé parce qu’il « doit forcément mieux conduire le son ».

ET LES CONDENSATEURS « HAUT DE GAMME » ?

Là aussi, prudence avec le folklore.

Dans un circuit de tonalité passif classique, la valeur du condensateur est beaucoup plus importante que son apparence, sa taille ou le prestige inscrit sur son emballage.

Changer de valeur peut réellement modifier la manière dont le réglage de tonalité agit.

En revanche, remplacer systématiquement un condensateur fonctionnel par un modèle extrêmement coûteux de même valeur ne garantit pas une métamorphose de la guitare.

Le monde de la guitare adore les composants magiques.

L’électronique, elle, est parfois beaucoup moins romantique. 😄

ET LE BLINDAGE ?

Là, en revanche, il peut y avoir un intérêt réel.

Une guitare équipée de simples bobinages peut être plus sensible aux parasites électromagnétiques.

Un blindage correctement réalisé dans les cavités électroniques, accompagné d’une bonne mise à la masse, peut contribuer à réduire une partie des bruits captés.

Mais attention : un simple bobinage reste un simple bobinage.

Certains ronflements sont liés à sa conception même.

Le blindage peut améliorer la situation ; il ne transforme pas automatiquement un single coil en humbucker silencieux.

ALORS, QUAND CHANGER LES MICROS ?

Lorsque l’on sait pourquoi on les change.

C’est probablement la meilleure réponse.

Tu souhaites davantage de niveau de sortie ?

Un son plus doux ?

Plus d’attaque ?

Un caractère plus vintage ?

Un humbucker capable d’encaisser de fortes saturations ?

Un simple bobinage plus cristallin ?

Moins de bruit dans certaines conditions ?

Voilà de vraies raisons.

Mais :

« J’ai acheté une guitare à 400 euros, donc ses micros doivent forcément être mauvais »

n’en est pas une.

LE MICRO DOIT AUSSI CORRESPONDRE AU RESTE

Avant d’acheter, il faut regarder comment la guitare est câblée et ce que l’on compte faire du nouveau micro.

Changer uniquement le micro chevalet peut créer un énorme écart de niveau avec celui du manche.

Installer un micro très puissant peut modifier la façon dont l’ampli réagit.

Certains modèles permettent le split, la mise en parallèle ou d’autres câblages ; d’autres non.

Il faut également vérifier les dimensions et le montage.

Le micro magnifique commandé sur Internet devient beaucoup moins séduisant lorsqu’on découvre qu’il ne rentre pas dans la guitare sans sortir la défonceuse. 😄

ET LE SON DE LA GUITARE À VIDE ?

Il reste intéressant.

Prendre une guitare débranchée permet de sentir sa vibration, son sustain, la façon dont les cordes réagissent et tout simplement si l’instrument donne envie de jouer.

Mais il faut éviter d’en faire un diagnostic absolu des micros.

Une guitare électrique produit son signal amplifié principalement grâce à l’interaction entre les cordes et les micros.

Ce que l’on entend acoustiquement à vide et ce que l’on entend une fois branché sont liés à un même instrument, mais ce ne sont pas deux versions identiques du même son.

Le meilleur test d’un micro reste donc très banal :

brancher la guitare et écouter.

ET AVANT D’ACCUSER LE MATÉRIEL…

Il reste un composant extrêmement difficile à remplacer.

Le guitariste. 😄

L’endroit où l’on attaque la corde, la force du médiator, les doigts, le vibrato, les nuances et la dynamique modifient énormément ce qui arrive au micro.

Deux guitaristes peuvent prendre exactement la même guitare, le même ampli et le même réglage et obtenir deux résultats très différents.

Ce n’est pas une raison pour ne jamais modifier son matériel.

C’est simplement une bonne raison pour savoir ce que l’on cherche à résoudre avant de le modifier.

EN RÉSUMÉ

Avant de changer les micros :

réglez leur hauteur ;

écoutez les différentes positions ;

vérifiez l’état de l’électronique et des soudures ;

essayez la guitare sur un système que vous connaissez ;

déterminez précisément ce qui vous manque.

Et si, après cela, vous savez que vous voulez une autre couleur, davantage de puissance ou un autre comportement :

alors oui, changez les micros.

Pas parce qu’un forum vous a dit qu’il fallait le faire.

Parce que vous savez ce que vous voulez entendre.

Un bon micro peut transformer une guitare.

Mais le meilleur changement est celui dont on connaît la raison avant de sortir le fer à souder.

KRT ProductionComprendre la musique pour mieux la faire.