À quel âge faut-il commencer la musique ?

À 4 ans ?

À 6 ans ?

À 10 ans ?

Et si l'on a 35, 50 ou 70 ans, est-ce déjà trop tard ?

La question semble simple. Pourtant, elle mélange deux choses très différentes : le moment où l'on peut commencer à découvrir la musique et le moment où l'on peut commencer l'apprentissage d'un instrument.

Et surtout, elle entretient une idée tenace :

il existerait un âge idéal pour devenir musicien.

Ce n'est pas aussi simple.

AVANT L'INSTRUMENT, IL Y A DÉJÀ LA MUSIQUE

Un très jeune enfant n'a pas besoin de savoir tenir un violon ou lire une partition pour commencer son apprentissage musical.

Écouter.

Chanter.

Bouger en rythme.

Frapper dans les mains.

Reconnaître des sons.

Jouer avec des objets sonores.

Répéter une petite mélodie.

Tout cela participe déjà à la découverte de la musique.

À cet âge, il ne s'agit pas nécessairement de « travailler » un instrument.

Il s'agit surtout de développer l'écoute, le rythme, la curiosité et le plaisir de produire des sons.

Et c'est déjà énorme.

ALORS, À QUEL ÂGE COMMENCER UN INSTRUMENT ?

Il n'existe pas une réponse valable pour tous les enfants et tous les instruments.

Certains peuvent commencer très jeunes avec une pédagogie adaptée.

D'autres auront envie d'attendre.

Certains instruments existent dans des tailles permettant leur utilisation par de jeunes enfants.

D'autres demandent davantage de force, de souffle, de coordination ou simplement une morphologie suffisante pour être utilisés confortablement.

Et deux enfants du même âge peuvent avoir des capacités de concentration et des envies complètement différentes.

Le calendrier ne décide donc pas tout.

L'enfant compte davantage que la date inscrite sur son acte de naissance.

FAUT-IL COMMENCER PAR LE SOLFÈGE ?

Voilà une autre question qui peut rapidement transformer un repas de famille en guerre civile. 😄

La lecture musicale peut être extrêmement utile.

Mais apprendre la musique ne signifie pas nécessairement passer plusieurs années à étudier la théorie avant d'avoir le droit de toucher un instrument.

Selon l'instrument, la méthode, le professeur et l'élève, pratique et théorie peuvent parfaitement avancer ensemble.

On peut apprendre une notion parce qu'on en a besoin pour jouer quelque chose.

Puis une autre.

Puis comprendre progressivement comment tout cela s'organise.

L'objectif n'est pas de choisir entre comprendre et jouer.

C'est de faire en sorte que l'un nourrisse l'autre.

« IL FAUT COMMENCER ENFANT POUR DEVENIR BON »

Voilà le gros morceau.

Commencer jeune présente évidemment des avantages.

Quelqu'un qui pratique depuis l'enfance peut accumuler des milliers d'heures d'expérience avant même d'atteindre l'âge adulte.

Certains apprentissages moteurs peuvent également être plus faciles à acquérir tôt.

Mais cela ne signifie absolument pas qu'un adulte serait incapable d'apprendre un instrument.

Il apprend simplement dans des conditions différentes.

Un adulte peut disposer d'autres atouts : davantage de capacité d'analyse, une motivation choisie, une meilleure compréhension de ses objectifs et parfois une discipline que l'enfant ne possède pas encore.

Il n'est donc pas nécessaire d'avoir commencé à 6 ans pour devenir musicien.

En revanche, si l'ambition précise est d'atteindre certains niveaux professionnels extrêmement exigeants dans certaines disciplines, commencer très tôt peut évidemment constituer un avantage considérable.

Il faut pouvoir dire les deux sans raconter d'histoires.

À 40, 50 OU 60 ANS, EST-CE TROP TARD ?

Trop tard pour quoi ?

C'est probablement la bonne question.

Trop tard pour apprendre trois accords et accompagner des chansons ?

Non.

Trop tard pour jouer dans un groupe ?

Non.

Trop tard pour apprendre à enregistrer ses propres morceaux ?

Non.

Trop tard pour découvrir le piano dont on rêve depuis trente ans ?

Non.

La progression ne sera peut-être pas celle d'un enfant.

Les objectifs ne seront peut-être pas les mêmes non plus.

Mais apprendre n'est pas réservé à une tranche d'âge.

Et surtout, tout apprentissage musical n'a pas besoin d'aboutir à une carrière professionnelle pour avoir de la valeur.

On peut apprendre simplement parce qu'on en a envie.

C'est une raison parfaitement suffisante.

ET LES INSTRUMENTS « DE FILLES » ET « DE GARÇONS » ?

Il serait peut-être temps de ranger celui-là avec les cassettes VHS.

Une batterie n'est pas masculine.

Une flûte n'est pas féminine.

Une guitare électrique n'a pas de sexe.

Un violoncelle non plus.

Ces associations viennent de représentations culturelles, d'habitudes, d'images transmises et parfois de ce que l'enfant voit autour de lui.

Mais elles ne devraient certainement pas décider à sa place.

Une fille veut jouer de la batterie ?

Qu'on lui donne des baguettes.

Un garçon veut jouer de la harpe ?

Qu'on lui trouve une harpe.

Ce qui nous intéresse, c'est ce qu'ils vont en faire.

Et peut-être que la petite fille derrière sa batterie deviendra excellente.

Peut-être pas.

Peut-être qu'elle abandonnera six mois plus tard pour prendre une basse.

Très bien aussi.

Elle aura essayé.

FAUT-IL POUSSER UN ENFANT À CONTINUER ?

C'est plus délicat.

Apprendre un instrument demande nécessairement un peu de persévérance.

Il y aura des moments où l'exercice sera moins amusant.

Un passage difficile.

Un rythme qui ne rentre pas.

Des doigts qui refusent obstinément d'aller là où on leur demande d'aller.

Abandonner à la première difficulté n'aide évidemment pas à progresser.

Mais transformer la musique en punition quotidienne peut également tuer l'envie qui existait au départ.

Il faut donc distinguer encourager à franchir une difficulté et obliger quelqu'un à poursuivre une activité qu'il ne désire plus.

La frontière n'est pas toujours évidente.

Mais elle mérite d'être regardée.

ET SI JE N'AI PAS DE PROFESSEUR ?

Un bon professeur peut faire gagner énormément de temps.

Il voit les mauvaises habitudes avant qu'elles deviennent difficiles à corriger.

Il adapte les exercices.

Il explique.

Il écoute.

Mais l'absence de professeur ne condamne pas quelqu'un à rester spectateur.

Il existe des livres, des méthodes, des vidéos, des cours en ligne, des communautés de musiciens et, surtout, d'autres musiciens.

L'autodidacte devra parfois chercher davantage et risque de prendre quelques chemins de traverse.

Ce n'est pas nécessairement grave.

L'histoire de la musique est également remplie de gens qui n'ont pas suivi exactement le même chemin.

LA RÉGULARITÉ BAT LES GRANDES RÉSOLUTIONS

Acheter une guitare le lundi et décider de travailler quatre heures par jour jusqu'à devenir Jimi Hendrix avant Noël est un magnifique programme.

Il risque simplement de ne pas survivre au jeudi. 😄

Une pratique régulière et réaliste est généralement beaucoup plus intéressante.

Même une courte séance peut avoir du sens lorsqu'elle est attentive et répétée.

Le but n'est pas de comptabiliser héroïquement les heures.

Il est de revenir à l'instrument.

Encore.

Puis encore.

Et de constater, quelques semaines ou quelques mois plus tard, que quelque chose qui semblait impossible est devenu naturel.

LE PLAISIR N'EST PAS L'ENNEMI DU TRAVAIL

Prendre plaisir à jouer ne signifie pas refuser l'effort.

Au contraire.

C'est précisément parce qu'on désire obtenir quelque chose que l'on accepte parfois de recommencer vingt fois le même passage.

La discipline aide à progresser.

La technique ouvre des possibilités.

La théorie permet de comprendre.

Mais il faut qu'à un moment donné, tout cela redevienne de la musique.

Sinon, on a peut-être oublié pourquoi on avait commencé.

EN RÉSUMÉ

Il existe de bonnes périodes pour certains apprentissages.

Il existe des méthodes adaptées à différents âges.

Il existe des contraintes physiques propres à certains instruments.

Mais il n'existe pas une date universelle à laquelle quelqu'un devient soudainement trop vieux pour commencer la musique.

Et il n'existe certainement pas d'instrument réservé aux filles ou aux garçons.

La vraie question n'est donc peut-être pas :

« Est-ce que j'ai le bon âge pour commencer ? »

Mais :

« Est-ce que j'ai envie de commencer ? »

Si la réponse est oui, il reste une chose à faire.

Choisir l'instrument.

Et produire la première note.

KRT ProductionComprendre la musique pour mieux la faire.